Prendre le temps d’apprivoiser

Posté le 28/01/2015

Acrylique fluide - Naphthol rougeAcrylique fluide - Naphthol rougeL’apprentissage de la peinture se fait lentement dans un balancier d’essais-erreurs, de contentement et de frustration. On sait quand on commence, on ne sait jamais quand ce sera fini ou si l’on va juger un tableau terminé.

L'apprentissage de la peinture et du dessin

Pour effectuer une oeuvre, l’artiste ne se sert pas seulement de la surface qu’il a choisie, du type de pinceaux et d’une gamme de couleurs. Il utilise les connaissances et les expériences qu’il a faites durant l’exécution de toutes ses oeuvres antérieures. On ne le voit pas. C’est inclus dans l’oeuvre, imperceptible et pourtant un oeil averti le percevra dès qu’il y posera son regard. Il ne formulera pas cette question. Il sait très bien juger la compétence et le travail assidu en regardant le tableau ou le dessin. Il sait que l’artiste a mis des heures d’expérimentation pour arriver à ce résultat.

Combien ça prend de temps pour faire un tableau?

Lorsqu’on expose ou l’on peint devant public, on se fait souvent poser cette question. Le peintre Jean-Paul Ladouceur1 répondait 3 heures et cinquante ans, c’est-à-dire, le temps d’exécution de son tableau ajouté à ses années d’apprentissage et de pratique de la peinture.

Dans le cadre de mes ateliers de transfert d’image, les participants ont hâte de savoir combien de temps ça prend pour effectuer un transfert d’image. En fait, ça prend deux à trois minutes. Et pourtant, j’explique comment je m’y prends dans un atelier échelonné sur douze heures. Pourquoi? Parce que l’on peut emprunter plusieurs chemins dans un processus créatif. La technique peut différer un peu ou beaucoup selon les matériaux utilisés. Il faut prendre le temps d’apprivoiser.

Décourvrir la couleur, en connaître ses subtilités, sa théorie, cela prend des années de pratique. Chaque marque de produits a sa gamme de pigments et de liants. J’ai fait l’apprentissage du pastel, de l’acrylique et du fusain lors de mes années d’études en arts plastiques à la fin des années 70 et de design graphique dans les années 80. Depuis ce temps, j’explore plusieurs médiums tels que l’aquarelle, le pastel et l’acrylique. Chaque nouvelle surface m’amène à des découvertes. Je n’ai pas fini de m’émerveiller devant l’action d’un pigment qui intervient avec un second.

 

Tableau sur l'utilisation de couleurs fluides à l'acryliqueTableau sur l'utilisation de couleurs fluides à l'acrylique

La pleine conscience du geste de peindre

Et si on s’arrêtait un peu de courir après le temps et qu’on revenait à l’essentiel. S’avouer le temps, juste profiter du moment présent après tout. Ressentir le bien-être qui s’installe en nous lorsqu’on regarde une oeuvre d’art. Pouvoir s’arrêter un moment et observer ce qui se passe en nous, ce que l’on voit, ce que l’on ressent. Même percevoir les sons qui nous viennent en tête à ce moment précis.

La pratique de la peinture et du dessin est une excellente forme de méditation et de pleine conscience. On observe ce que l’on ressent. Christophe André le dit dans son livre, Méditer, jours après jour «Contempler, c’est regarder sans espérer ni convoiter ni commenter. C’est adopter une position d’humilité ouverte et curieuse envers le monde qui nous entoure.»

Lorsque je peins ou regarde une oeuvre d’art sur le Web, au musée et en galerie ou tout simplement dans un livre, j’essaie d’être totalement présente. Si j’achète une nouvelle gamme de produits et que je fais un exercice d’apprentissage de la couleur, j’essaie de demeurer dans l’exercice et d’y être en pleine conscience.

 

Références:

- Méditer, jour après jour, Christophe André, L’iconoclaste

Jean-Paul Ladouceur, président fondateur de la Société canadienne de l'aquarelle